Le soleil de Rio

Le toit ondulé et les volets métalliques brillent sous le soleil du matin de février. Je me réveille les épaules en sueur et la gorge sèche. Je me précipite vers la bouteille d’eau tiède, une eau désagréable, mais elle enlève l’aigreur de l’air qui me brûle la langue.

J’approche de la fenêtre et très lentement j’entrouvre les volets, regarde à l’extérieur, rien de suspect, je les ouvre complètement et respire la brise de l’extérieur. Trois jeunes se tiennent sous la maison, ils se retournent en entendant le grincement de mes volets, leurs mains sur leurs ceintures et prêts à dégainer. Ils me voient, me font un signe de la tête et se retournent à nouveau fixant leurs regards sur la rue qui descend vers le bas de la colline.

Je regarde le quartier du bas, trois autres jeunes hommes sont debout à quelques rues et nous fixent du regard. Tous ces jeunes, encore des enfants, font partie de cette guerre sans fin dans la favéla.

Ce matin est calme, aucun bruit suspect, pourtant j’ai entendu des coups de feu la nuit dernière. Visiblement il n’y a pas de victimes ce jour, la vie va pouvoir reprendre pour la journée.

Des piétons avancent dans la rue chacun porte un sac dans la main, son repas de midi. Ils viennent du haut de la colline et se rendent à leur traveil en ville. D’autres se joignent au mouvement, ils descendent tous en silence, défilent d’un seul pas et saluent discrètement les jeunes immobiles qu’ils croisent.

Le car passe en bas de la colline, il faut traverser plusieurs quartiers ennemis pour s’y rendre. Chaque quartier est un risque en soi, les combats peuvent reprendre à tout moment. Nous n’avons plus que 2 jours à tenir. A partir de samedi, c’est le carnaval et une trêve de 4 jours. Nous descendront cette même rue, habillés des tenues que nous sommes en train de coudre, nous irons rejoindre le grand défilé de notre école de samba. Ce sera un moment de folie. Le char de l’école est prêt, il ne reste qu’à attacher les fleurs.

Je bois un cafezinho en rêvant de défilé, je répète quelques pas de danse. Et puis un sac à la main je descends la rue en saluant chaque groupe de jeunes avant de monter dans le car.

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