La nuit de Noël

Un chant magnifique, j’ai très envie de le partager en cette semaine de début de l’avent.

ليلة الميلاد يُمحىَ البُغضُ ليلة الميلاد تزهرُ الأرضُ
ليلة الميلاد تُبطلُ الحربُ ليلة الميلاد يَنبِتُ الحُبُ

1- عندما نسقي عَطشانَ كأسَ ماء نكونُ في الميلاد
عندما نكسي عُريانَ ثوبَ حُب نكونُ في الميلاد
عندمت نُكفكف الدموعَ في العيون نكونُ في الميلاد
عندما نَفرِشُ القلوبَ بالرجاء نكونُ في الميلاد

2- عندما أُقَبِلً رفيقي دونَ غِش أكونُ في الميلاد
عندما تموتُ فيً روحُ الانتِقام أكونُ في الميلاد
عندما يُرَمِدُ في قلبيَ الجفاء أكونُ في الميلاد
عِندما تذوبُ نفسي في كيان الله أكونُ في الميلاد

Je traduis le refrain

La nuit de Noël, la haine s'efface. La nuit de Noël, la terre fleurit
La nuit de Noël, la guerre s'arrête. La nuit de Noël, la paix grandit

J’adore cette version de Magida El-Roumi

Je souhaite à tous une excellente préparation de Noël.

#Liban #Noël

Barbe fuit avec les filles du village

Antoun attend Souade et Rajane, ses deux cousines, ils se sont donnés rendez-vous devant l’église. Il voit  deux figures au loin dans la nuit, déguisées en bédouines, Antoun est en bédouin lui aussi. Leurs visages sont couverts de leurs écharpes.

Antoun porte son derbouka en bandoulière et Souade a un tambourin à la main. La tournée va commencer. Ils feront le tour des maisons du villages, dans chaque maison ils vont jouer de la musique, danser, chanter toujours le même refrain « Barbe fuit avec les filles du village, je l’ai reconnue à ses yeux ». Ils commencent par la maison de Antoun et Sayidi El Jerdi, les grands parents paternels d’Antoun et maternels de Souade et Rajane. Les prénoms des garçons se transmettent, le garçon aîné appelle son premier fils du nom de son père.

Antoun grand-père ouvre la porte aux trois jeunes, il fait semblant de ne pas les reconnaître, néanmoins il ne peut s’empêcher de faire un clin d’oeuil à ses petits-enfants.

Les jeunes rentrent dans la maison, il y a une grande pièce, elle sert de salle de séjour, de salle à manger et puis la nuit on roule les matelas en laine et déplie les couvertures et la pièce devient chambre à coucher.

Un braséro brûle au milieu de la pièce, dans le feu Antoun grand-père grille des glands, dits les châtaignes des pauvres, et des pommes de terres, au dessus du braséro un morceau de pain couvert de fromage est posé sur une grille et crépite au rythme du feu. Grand-père se précipite pour tout enlever du feu et laisse la place aux jeunes. ces derniers dansent autour du feu, le jeune Antoun tape sur sa derbouka et se pliant en deux à chaque mesure, Souade a la main droite levée  très haut et bouge son tambourin en rythme, sa main gauche tient la main main droite de sa soeur. Les trois tournent une dizaine de fois autour du feu en répétant le même chant.

Quand ils ont fini, grand-père donne 2 pièces de cuivre à chacun et une poignée de figues et dattes séchées;  grand-mère se précipite dans la cuisine et revient avec un plateau de cuivre sur lequel il y 3 bols de blé cuit arrosé d’eau de fleur d’oranger et couvert de cerneaux de noix, d’amandes décortiquées et de raisins secs.

Les jeunes découvrent leurs visages, saluent de nouveau leurs grand-parents et s’installent sur le sofa pour déguster les desserts. Et puis ils iront visiter les autres maisons du village. Ils auront des pièces de monnaie et des fruits séchés pour Noël.

Le lendemain, 4 décembre, les chrétiens du Liban célèbrent Sainte-Barbe. Une jeune fille du début de notre ère, fille d’un seigneur local romain, elle se convertit au christianisme. Son père veut la tuer, elle se déguise et fui avec ses amies chrétiens. Les soldats les poursuivent, elles se cachent dans un champ de blé et elles ont la vie sauve. Plus tard, Barbe meurt en martyr, ce jour de fête célèbre uniquement sa fugue.

Sainte Barbe


 

Le jour de la Sainte-Barbe, nous installons l’arbre et la décoration de Noël, les enfants étalent du coton dans des petites assiettes et les parsèment de graines de blés, de lentilles ou de pois chiches. Arrosés tous les jours, ces graines germent et donnent des plantes d’une vingtaine de centimètres qui décoreront la crèche de Noël.

Une mission d’audit à New York

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Le taxi jaune me pose devant la porte d’un hôtel. Une porte noire incrustée dans un cadre noir et surplombée d’un auvent noir. Je franchis la porte et me retrouve devant un bureau de réception d’un rouge flamboyant, un cadre très différent des autres hôtels. D’habitude les hôtels se font très discrets le voyageur ne doit rien remarquer d’inhabituel mais cet hôtel à quelque chose de différent cet hôtel marque l’esprit du voyageur. L’ascenseur à des parois noires, nous sommes baignés dans une faible lumière rouge. Quand la porte se referme je suis dans une presque obscurité et j’entends le bruit d’une cascade. j’ignore la provenance, je recherche des enceintes, je n’en trouve aucune. le bruit a l’air de sortir de derrière les parois caché un peu partout autour de cet ascenseur ou bien est-ce que je franchis une vraie cascade de vingt étages.

Est-ce que la chambre à des murs noirs. je ne vais jamais pouvoir dormir dans ce décor. Je pousse la porte à première vue la chambre est normale, un lit double impeccable et impersonnel. Une chambre comme pleins d’autres dans tous les hôtels d’affaires du monee. Un écran télé avec un message d’accueil à mon nom et le bruit de la cascade de l’ascenseur est remplacé par un gazouillis d’oiseaux, une pancarte à côté de la télé décrit tous les bruits de relaxation disponibles; le CD est en vente à l’accueil. Avec la télécommande, je fais le tour de ces bruits: une rivière, une mer presque calme, une autre peu agitée, une troisième très agitée, une tempête, un feu de bois qui crépite, un café encombré où l’on distingue des voix mais sans comprendre le moindre mot. Je continue mes expériences avec un bruit de Square, une pluie fine et ainsi de suite. Ajouté au parfum d’encens de la chambre, le décor me transporte et j’oublie d’envoyer un message pour prévenir de mon arrivée.

Je fais le tour de la chambre, qui peut bien être la clientèle de cet hôtel je regarde dans les placards, sous le lit, dans les tiroirs, il n’y a rien, il n’y a aucun signe d’un passage, aucun signe de vie, jamais personne n’a laissé de marques de son passage. Tout a été nettoyé, aspiré, rangé, retourné, cette chambre ne veut rien révéler, elle ne raconte aucune histoire comme si elle a été créée pour moi et elle est là uniquement pour m’accueillir.

Je me réveille avant l’aube. Je ne m’habitue jamais au décalage horaire, je cherche une occupation, il faut attendre des heures avant de rejoindre le bureau. Plusieurs revues sont posées sur la table en éventail, il y a timeout, je lis les programmes des spectacle sur Broadway, les expos à la mode, les concerts. Enormément d’événements magnifiques, je n’irai voir aucun. Eh oui, je suis dans une ville magnifique, il se passe plein d’événements et je partirai sans la moindre visite. Pour un voyage d’affaire, timeout est plus une frustration qu’un épanouissement, je vais travailler toute la journée et puis, le soir, je vais m’enfermer dans cette chambre pour rédiger mon rapport en écoutant les musiques de concentration du disque.

J’attrape le classeur de l’hôtel, il contient des pochettes transparentes la première avec les horaires des restaurants et de la salle de sport, elle ouvre dans une heure, la deuxième présente les tarifs de la teinturerie et une troisième contient le menu du room service. Cette pochette est un peu trop épaisse je finis par sortir les deux pages du menu de leur pochette et je retrouve entre ces deux feuilles je découvre une autre feuille pliée en deux, une page blanche avec trois mots:  CARPE DIEM Mark. Qui est ce Mark? Pourquoi a-t-il laissé une lettre à un inconnu? Quand? peut-être hier, peut-être l’an dernier, qui sait. L’état de la feuille ne révèle rien. Pourquoi ce message est-il toujours là d’où vient t-il? Mark porte un prénom anglo-saxon classique cela n’indique rien de ses origines il est peut-être américain, anglais, australien, sud-africain ou autre. Qui sait?

Je m’allonge sur le lit et je pense aux messages de Mark, au bout d’un moment je me réveille en sursaut je reprends timeout et j’organise ma semaine. Non, je ne passerai aucune soirée à rédiger mon rapport, je m’organiserai pour faire le minimum de notes et je finirai mon rapport pendant le vol. Tant pis si je rends 2 jours plus tard, tant pis si pour une fois je ne fais pas d’excès de zèle.

Je vais cueillir le jour présent.


 

J’adore toutes formes d’art et c’est vrai qu’en allant au MOMA de New York il faut s’attendre à tout. Mais là, franchement cela dépasse les limites. Qu’en pensez-vous ?

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Denmark Street

Le bus rouge à deux étages s’arrête, je monte au niveau supérieur comme un touriste et recherche une place au premier rang, une place d’où je peux voir les bâtiments, les autres bus rouges et les toits des taxis noirs.

C’est un quartier que je connais bien, nous passons à côté d’un théâtre qui présente « les misérables » depuis plus de vingt ans, un autre qui a toujours eu une affiche du « fantôme de l’opéra », et puis celui où l’on joue Billy Elliott, une magnifique comédie musicale, l’auteur a rajouté le même gros mot si souvent que la pièce est classée pour les plus de 12 ans.

J’arrive à destination, je quitte mon bus et rejoins Denmark Street. C’est une minuscule allée connue des spécialistes. Un lieu où s’accumulent des objets tellement mythiques, on dirait qu’elle sort d’un livre d’Harry Potter. Des strats, des Les Paul, et pour finir avec  la Red Special du guitariste de Queen, selon la légende il a fabriqué l’originale avec le bois de récupération du cadre d’une cheminée. La population est très variée à l’image de Londres et encore davantage, des cadres supérieurs de la City qui ont décidé d’apprendre la guitare pour leurs 40 ans, des passionnés de folk, des étudiants qui rêvent devant les vitrines et qui achèteront des médiators pour leurs collections, des rockeurs pures et dures dont ceux qui ne jurent que par le plus heavy du métal ou des punks aux cheveux fluorescents.

Je fais le tour des vitrines, regarde toutes les guitares et rentre dans un magasin. Des deux côtés de la porte s’élèvent des colonnes d’amplificateurs, d’énormes monstres noires empilés, de quoi équiper une salle de concert. Plus loin sont présentées de minuscules boîtes pas plus grandes qu’un cageot de milkman, avec l’inscription « meilleure vente de l’année ».

Au fond de la première pièce, je salue le propriétaire, il répond à peine, je devine une ou deux consonnes du « morning ». On dirait qu’il vient directement des années soixante-dix; les cheveux longs, une boucle d’oreille diamant, un t-shirt noir AC-DC et le regard strict et direct du rockeur.

Je passe dans la deuxième salle, une caverne d’Ali Baba, il y en a partout, une multitude de guitares accrochées aux murs, et pleins d’autres guitares rangées en rang sur les présentoirs.

Le modèle de mes rêves est quelque part sur le côté, une ovation shallow rouge brûlé inversé, identique à celle du premier guitariste de l’église. Je demande de l’essayer, le vendeur hoche la tête pour un oui, je m’installe sur un tabouret et commence à gratter timidement quelques accords, je ré-accorde et continue mes séries. Le vendeur prend la guitare de ma main, la branche à un énorme ampli et commence un tour des meilleurs riffs de rock de l’histoire. Des années de ma vie défilent, les quelques notes de chaque morceau me font transporter dans des soirées, des voyages, des rencontres, des séparations, des joies ou des déceptions. Notre musicien continue avec « Stairway to heaven » et « highway to hell »; les rockeurs sont d’accord, il est plus facile d’aller en enfer qu’au paradis. Qui a dit que les rockeurs ne sont pas spirituels?

D’autres clients rentrent dans le magasin et se rassemblent autour de nous, le pot pourri s’achève tristement, toujours au paradis, avec « tears in heaven », une chanson qui émeut des générations entières, Clapton l’avait composée en souvenir de son enfant disparu. Et nous chantons tous en cœur « nous ne nous reverrons pas, ma place n’est pas au paradis ».

Le vendeur se lève, me rend la guitare sans parler et part s’occuper de ses clients, il s’est souvenu qu’il était ici pour gagner sa vie.

Depuis ce jour je conserve l’ovation sur un trépied dans mon salon, je la reprends régulièrement, essuie la poussière, prends le temps de l’accorder et rejoue la liste de musiques du vendeur de Denmark Street, un jour j’aurai le même niveau que lui, j’y crois, j’ arriverai.

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Le soleil de Rio

Le toit ondulé et les volets métalliques brillent sous le soleil du matin de février. Je me réveille les épaules en sueur et la gorge sèche. Je me précipite vers la bouteille d’eau tiède, une eau désagréable, mais elle enlève l’aigreur de l’air qui me brûle la langue.

J’approche de la fenêtre et très lentement j’entrouvre les volets, regarde à l’extérieur, rien de suspect, je les ouvre complètement et respire la brise de l’extérieur. Trois jeunes se tiennent sous la maison, ils se retournent en entendant le grincement de mes volets, leurs mains sur leurs ceintures et prêts à dégainer. Ils me voient, me font un signe de la tête et se retournent à nouveau fixant leurs regards sur la rue qui descend vers le bas de la colline.

Je regarde le quartier du bas, trois autres jeunes hommes sont debout à quelques rues et nous fixent du regard. Tous ces jeunes, encore des enfants, font partie de cette guerre sans fin dans la favéla.

Ce matin est calme, aucun bruit suspect, pourtant j’ai entendu des coups de feu la nuit dernière. Visiblement il n’y a pas de victimes ce jour, la vie va pouvoir reprendre pour la journée.

Des piétons avancent dans la rue chacun porte un sac dans la main, son repas de midi. Ils viennent du haut de la colline et se rendent à leur traveil en ville. D’autres se joignent au mouvement, ils descendent tous en silence, défilent d’un seul pas et saluent discrètement les jeunes immobiles qu’ils croisent.

Le car passe en bas de la colline, il faut traverser plusieurs quartiers ennemis pour s’y rendre. Chaque quartier est un risque en soi, les combats peuvent reprendre à tout moment. Nous n’avons plus que 2 jours à tenir. A partir de samedi, c’est le carnaval et une trêve de 4 jours. Nous descendront cette même rue, habillés des tenues que nous sommes en train de coudre, nous irons rejoindre le grand défilé de notre école de samba. Ce sera un moment de folie. Le char de l’école est prêt, il ne reste qu’à attacher les fleurs.

Je bois un cafezinho en rêvant de défilé, je répète quelques pas de danse. Et puis un sac à la main je descends la rue en saluant chaque groupe de jeunes avant de monter dans le car.

Un tour de danse

Nous nous retrouvions tous les mercredis à la même heure à ce cours de danse. Chacun de nous avait passé une journée mouvementée au bureau avec les événements de tous les jours. Des urgences une fois traitées, elles sortaient à tout jamais des mémoires. Toute la journée, nous avions prévenu les collègues: « n’oubliez pas ce soir je pars tôt, j’ai de la gym », comme si parler de danse n’était pas très sérieux pour un jeune cadre, il vaut mieux dire gym, sport que tout cadre stressé devait pratiquer, « s’il y a une urgence après 6 heures, ce sera pour vous ou pour demain ».

Chacun de nous couru pour rattraper son métro, pour faire sa correspondance et enfin pour pouvoir rejoindre le club. Sans se voir, chacun se changea dans son vestiaire, le costume ou le tailleur gris anthracite furent changés pour des tenues de sport colorées, les chaussures de ville par des baskets très voyants et surtout confortables.

Nous nous retrouvâmes dans cette grande salle, le professeur plaça les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Nous nous saluâmes discrètement alors que le professeur eu commencé à montrer le pas de la danse. Chaque mercredi, l’effet de surprise, quelle danse eut-il choisi? un rock endiablé à éliminer toutes les frustrations de la journée et du métro; un tango trop difficile, compter les vites et les lents sans se tromper; ou un paso doble, où chaque homme gonfla son torse en se prenant pour un toréador puissant et fier. « Messieurs vous êtes les toréadors et mesdames les capes », disait-il. Avec toute la beauté et la grâce de la cape, je trouvai cette phrase dévalorisante pour les dames.

Après les explications, les exercices. Au début les hommes répétèrent leurs pas de leurs côtés et les femmes du leur. Une fois le pas maîtrisé, les hommes en cercle dos aux murs et les femmes en face, et la danse commença en musique, danser quelques pas avec son partenaire avant un changement de partenaire. Quand c’est à notre tour de danser ensemble, nous racontâmes toute sa journée, le métro, le cours de danse, les projets de la soirée, la danseuse d’en face qui ne reteint jamais le pas de base et continua à écraser les pieds des hommes. Ces quelques secondes furent tellement remplies que certains de nos vites et lents furent mélangés.

Vingt ans plus tard quand nous avons l’accasion de danser, nos pas de bases restent aussi difficiles mais ce n’est pas une raison de désespérer, un jour nous atteindrons la perfection et nous dépasserons ce couple de grands-parents toujours aussi impressionnants par leur grâce et leur dextérité.

 

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Vers le sommet

Il faisait encore nuit, je guettais leur arrivée par la fenêtre de la cuisine à la lumière des quelques éclairages publics. Soudain j’entendais un son très discret de derbakeh, un pull était glissé dans l’instrument pour l’étouffer, c’était le signal de rassemblement, ils arrivèrent, je courais les rejoindre dans la rue et nous continuons à avancer et d’autres nous rejoignaient.

Toutes ces files convergeaient ensemble sur une grande place, une fois tous les groupes étaient présents, nous prenions la route tous ensemble, au début en silence, notre chemin se faufilait à travers les maisons, l’ascension commençait. Dès que nous avions dépassé les dernières maisons, le groupe entamait des chants, les mêmes chants répétés tous les ans depuis des générations, une grande dévotion, encore plus importante en cette période terrible.

Le groupe avançait doucement, tantôt à travers la forêt de pin parasol et tantôt par la route. Les voitures avançaient au ralenti; en ce jour les piétons étaient très nombreux.

Le petit-déjeuner était toujours pris au même endroit, à mi-chemin du sommet. Le ciel réfléchissait les premières lueurs de l’aube. Nous étions installés à travers cette forêt au pied de chapelle. Chacun de nous avait trouvé place sur un tronc d’arbre ou un petit rocher et nous déballions nos tartines de labné et nos gourdes.

Les aînés se levèrent et reprirent les chants, ce fut le signal pour reprendre la route vers le sommet.

Au lever du soleil, nous étions là-haut, au sommet de la montagne, au pied de ce cône dominé par la statue. Nous remplirent nos gourdes, nous prîmes cet escalier étroit, une file montait pendant qu’une autre descendait, en haut de l’escalier chacun prenait à peine quelques secondes pour réciter une prière ou glisser un papier à travers le grillage avant de retourner sur ses pas.

Une grande messe en plein air avec une vue à couper le souffle. Une vue de notre ville, de nos maisons où nos parents à peine réveillés en ce jour de fête.

Puis nous reprenions notre chemin, cette fois ci à plat, de sommet en sommet vers le grand terrain de rassemblement. Au fur et à mesure, les chants étaient remplacés par des chansons, le genre de chansons à rythmer les pas des marcheurs. Les joueurs de derbakeh tenaient fermement leurs instruments dans leurs coudes et avançaient aux rythmes de leurs percussions.

Arrivés à notre destination, chacun avait son rôle, je me chargeait de rassembler le bois pour le feu, d’autres étaient à la découpe des tomates, du persil ou de l’oignon ou bien à griller la viande ou le poulet.

Après le repas, et une petite sieste, c’était le temps de la danse, les files se formaient en intercalant les filles et les garçons, tous se tenaient par une main et cette file avançait et se faufilait à travers les arbres, les tas de sacs, ou ce qui restait du feu. Au bout de la file se mettait le meilleur danseur du groupe, appelé la tête de la danse, il tenait sa voisine de quelques doigts et dansait une danse plus énergique, pliant les genoux jusqu’à toucher le solde et sautillant en chantant fort.

Après le rangement et le ramassage de nos restes, nous reprenions la route, la descente était rapide, chacun rejoignait sa maison en rapportant à sa famille un cierge, un sachet d’encens et un autre sachet avec un coton imbibé d’huile.

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Photo de Notre-Dame du Liban générée par intelligence artificielle.

Lien google map à N-D du Liban Harissa

https://www.google.fr/maps/place/Notre-Dame+du+Liban/@33.981705,35.6512083,15z/data=!4m12!1m6!3m5!1s0x0:0x7b854763591826d4!2sNotre-Dame+du+Liban!8m2!3d33.9816806!4d35.6512825!3m4!1s0x0:0x7b854763591826d4!8m2!3d33.9816806!4d35.6512825

L’appareil à soufflet

Dans une armoire de sa chambre, mon père gardait précieusement un vieil appareil photo. Un appareil d’un certain temps, le genre de boîte à cigares, sur une des faces se trouvait une lentille et sur l’autre une minuscule manette. Il suffisait de pousser cette manette vers la gauche pour que la boîte s’ouvrait et se déployait en une pyramide en accordéon avec une autre lentille au bout. La boîte à cigares devenait un appareil photo.

Mon père l’avait acheté d’occasion avec l’argent de ses premiers cours particuliers, l’ancien propriétaire l’avait vendu pour le remplacer par un modèle plus récent, plus compacte. Et puis mon père avait construit lui-même tout un équipement: une chambre noire en bois démontable avec une vitre rouge sur un côté. Il remontait cette cabane sur le balcon ou dans le jardin. La chambre noire a disparut depuis longtemps, mon père avait gardé des photos de cette œuvre, des photos de près, des photos de loin et sous tous les angles pour se rappeler sa passion de jeunesse pour la photo.

Me voyant intrigué par cet appareil, il m’expliqua tout le procédé, les heures qu’il passait dans sa chambre noire entre révélateur, bain d’arrêt, fixateur, séchage ou glaçage.

Ses photos, toutes en noire et blanc, étaient rangées dans une série d’album alignés sur une étagère de sa bibliothèque. Des albums que personne n’ouvrait depuis des années. Les photos étaient collées sur les feuilles avec des coins dorés. La colle n’adhérait plus et ainsi chaque page tournée révélait un nouveau tas de photos d’un événement de sa vie:  ses vacances, ses amis, ses élèves et peut-être ses amours. Je regardais sans poser de questions, à lui de choisir ce qu’il avait envie de raconter. Certaines photos bien réussies, d’autres mal glacées ou bien l’effet du temps avait grignoté une partie du décor. Certaines photos étaient collées entre elles, alors à chaque fois mon père retirait ses lunettes, rapprochait le tas de photos de son visage, se concentrait pendant des minutes et les séparaient en silence.

Je revenais très souvent admirer cet appareil photo et analyser son mécanisme primitif ou continuer mon exploration discrète des albums photos de famille. Au bout de plusieurs albums, le décor changea,  les imperfections disparurent, elles représentaient une autre période de sa vie, je retrouvais ma mère, des bébés avec leurs premiers sourires et leurs premiers pas. Mais cela n’était plus l’œuvre de cet appareil, l’ancien appareil n’est plus qu’une pièce de souvenir dépourvus de ses pellicules géantes.folding

L’arête de mer

Ce jour là, peu de gens étaient venus, nombreux restaient enfermés chez eux près de leurs postes  radios. Les nouvelles étaient terribles, il était difficile de l’ignorer; les coups de canons tonnaient d’un son très grave et lointain. Nous étions loin du front, les obus n’arrivaient dans cette ville que plusieurs jours après la reprise des combats. A chaque bruit de canon, nous entendions les prières et soupirs des gens.

C’était ainsi depuis le début de l’été, la guerre avait repris dans la capitale en dents de scie, certaines semaines calmes et d’autres semaines terribles. Un épisode terrible de la guerre du Liban, plus tard il sera appelé la guerre des cent jours. Les obus se rapprochèrent de notre ville à plusieurs reprises; ce jour là ils étaient encore lointains.

Nous étions installés sur ce canoë sans bord au dessus plat, une barque locale appelée l’arête de mer. Nous étions assis là-dessus avec l’insouciance et l’innocence de nos quatorze ans. Nous avancions sur une mer d’huile. D’habitude nous redoutions les canots à moteur qui, en passant près de nous, nous éclaboussaient d’eau de mer et puis leurs vagues déstabilisaient notre canoë. Aujourd’hui, aucune barque ne nous barrait la route, aucun moteur ne s’était rapproché de nous, aucune personne en ski nautique, la mer était à nous, c’est un sentiment de vide, de désespoir. Eh bien, est-ce que nous étions les seuls inconscients de toute cette ville?

Elle me passa la pagaie, et s’allongea sur le canoë, le soleil de septembre faisait bronzer sans brûler, me dit-elle; elle voulait en profiter, l’école devait reprendre dans quelques jours, mais, là rien n’était certain, tout cela dépendait des canons. Je ramais de toutes mes forces, des forces d’un garçon qui voulait montrer sa maîtrise, le canoë avançait en direction du port et s’éloignait de notre plage. Soudain deux coups de canons, moins loins que les précédents mais toujours pas sur notre ville. Quand les obus se rapprochaient, le port étaient souvent la première cible. Que faire? Je continuais à ramer et puis se mettant debout sur le canoë je disai: « nous sommes à la moitié du temps de location, il est temps de retourner ». Je laissai passer quelques secondes comme s’il fallait une pause d’insoucience avant de s’agenouiller  pour pagayer vers notre plage.

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L’arête de mer est un canoë au dessus plat pour la plaisance, il était très fréquent d’utilisation le long de la côte du Liban, il a pratiquement disparu depuis plus d’une décennie avec le développement des jets skis.

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